Comment reconnaitre et prévenir le stress chez l’enfant ?  

De plus en plus d’enfants présentent des signes d’anxiété ou de stress au quotidien. Comment reconnaître ces difficultés et comment réagir en tant que parent ? Nous avons posé la question à Marina Violet, psychologue et ancienne éducatrice spécialisée qui accompagne enfants et familles.

Pourquoi le stress et l’anxiété chez l’enfant sont-ils des sujets préoccupants ?

Les troubles anxieux des enfants sont des problématiques que je rencontre très régulièrement en consultation. Une étude nationale publiée en 2023 confirme d’ailleurs cette tendance à la dégradation de la santé mentale des enfants*.  

Je constate également et c’est, selon moi, l’aspect le plus préoccupant, que les patients sont de plus en plus jeunes.  

Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui déclenchent ou entretiennent l’anxiété chez l’enfant ? 

Les causes sont multiples.  

D’une part, il existe des facteurs génétiques. Les recherches récentes, notamment en épigénétique, montrent qu’il peut exister une transmission familiale de l’anxiété. Dans une famille où les parents sont anxieux, les enfants ont plus de risques de l’être également, même si cela n’est pas une généralité. À événement extérieur égal (harcèlement,  traumatisme…), un enfant, en fonction du bagage génétique qu’il a, ne vivra pas le stress de la même façon qu’un autre. 

D’autre part, il y a l’aspect environnemental et familial. Les changements de vie (déménagement, séparation, entrée à l’école), la pression, le harcèlement scolaire ou encore les relations avec les pairs peuvent aussi être des sources importantes d’anxiété. Le climat familial compte également : un environnement tendu ou instable peut accentuer le sentiment d’insécurité de l’enfant. 

Nous vivons dans un contexte très anxiogène, avec des adultes de plus en plus anxieux, inquiets, voire dépressifs dans un monde où : 

  • tout va toujours plus vite tant dans le rapport au temps que dans une forme de surconsommation d’activités ;
  • l’esprit de compétition et de performance domine : certains parents culpabilisent car ils ont l’impression de ne jamais être “assez bien”, notamment sous l’influence de l’éducation positive, qui, sans dénigrer ses apports, peut placer les parents dans une injonction paradoxale en leur donnant l’image d’un parent idéal, toujours parfait et ne s’énervant jamais, alors même qu’ils peuvent vivre beaucoup de stress au quotidien ;
  • trop d’informations circulent (pas toujours fiables) sur les réseaux sociaux, contribuant à diffuser et amplifier des images très idéalisées de la parentalité.

On sait que les enfants sont très sensibles et perméables à toutes ces stimulations et aux émotions de leurs parents. Ils sont le reflet de notre société et des adultes qui les entourent, sans qu’il s’agisse de culpabiliser qui que ce soit. 

Un parent très anxieux face au monde extérieur, par exemple, peut transmettre involontairement ce mode de fonctionnement à son enfant. 

Comment savoir si un enfant va mal ? 

Le corps parle souvent avant les mots. Pour un parent déjà stressé, ces signes peuvent être plus difficiles à repérer, mais on retrouve souvent les signes suivants : 

  • l’enfant mange moins ou refuse de s’alimenter ; 
  • il a du mal à s’endormir ou souffre de troubles du sommeil ; 
  • il est plus irritable, se met en colère plus régulièrement ; 
  • il se renferme, reste seul et s’isole des autres ; 
  • les maux de ventre ou de tête apparaissent fréquemment comme des manifestations de l’anxiété chez l’enfant, une fois toute origine somatique écartée.

À noter : en fonction du développement de l’enfant, il y a naturellement des périodes où il peut être plus anxieux : l’angoisse de la séparation pour les bébés, l’affirmation de soi entre 3 et 5 ans, l’entrée à l’école, les cauchemars qui apparaissent… font partie du développement normal de l’enfant. 

Ce qui doit alerter, c’est lorsque ces périodes durents’intensifient ou rendent le quotidien difficile, pour l’enfant comme pour les parents. 

Comment faire la différence entre une inquiétude passagère et un problème plus profond ? 

C’est surtout la durée et l’intensité qui font la différence. Un enfant peut vivre des moments d’angoisse ou de stress ponctuels. Mais si les symptômes s’installent, que l’anxiété devient envahissante et perturbe la vie de famille ou la scolarité, il faut consulter. Mieux vaut demander conseil que de laisser la situation se dégrader.

Quels conseils donneriez-vous aux parents ou à l’entourage d’un enfant qui semble anxieux ? 

Je conseille aux parents de se poser les questions suivantes : 

  • Qu’est-ce qui aurait pu générer ce comportement ? Y-a-t-il eu un événement particulier ? 
  • Qu’est-ce qui peut être modifié au niveau alimentaire ? 
  • Le rythme de sommeil est-il respecté ? Des routines ou rituels d’endormissement sont-ils mis en place (veilleuse, histoires, exercices de respiration…) ? 
  • N’a-t-il pas trop d’activités ? Trop de stimulations ? 
  • Est-ce que le rythme familial permet de se retrouver suffisamment, se poser ensemble, s’écouter, prendre le temps ? 

En tant que parent, il ne faut ni banaliser son stress, ni le dramatiser, au risque d’amplifier l’anxiété de l’enfant. 

L’écueil dans lequel un parent peut tomber est de vouloir trop compenser et “trop” s’inquiéter pour son enfant. Le parent peut aider son enfant à développer ses propres ressources pour apprendre à se rassurer en autonomie.  

Enfin, il est important de savoir revenir à des choses simples : limiter les écrans, retrouver un environnement plus calme, privilégier les activités extérieures, passer du temps en famille, etc. 

Quels dispositifs existent pour accompagner les familles ? 

Lorsque l’inquiétude persiste, une aide extérieure peut être nécessaire car les proches sont trop impliqués affectivement. 

La première étape reste le médecin généraliste ou le pédiatre, qui pourra les orienter vers un psychologue, un kinésiologue, un pédopsychiatre ou encore une association spécialisée. L’essentiel est de ne pas attendre que la situation s’aggrave, mais aussi de ne pas en faire un tabou.  

Les approches psychocorporelles telles que la sophrologie, l’hypnose, la respiration, l’EMDR** ou la méditation peuvent également aider, pour les parents comme pour les enfants.  

Chaque enfant est unique, chaque famille aussi : il faut prendre le temps d’analyser la situation, sans précipitation et chercher les solutions les plus adaptées.  

La santé mentale des enfants en chiffres

*Selon l’étude Enabee – étude nationale sur le bien-être des enfants, menée par Santé publique France en 2022, 8,3 % des enfants de maternelle et 13 % des enfants en élémentaire présenteraient un trouble probable de santé mentale, avec un impact sur leur quotidien. Par ailleurs, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) a montré qu’entre mars 2020 et juillet 2021, près d’un enfant sur six avait eu besoin de soins de santé mentale pour des difficultés psychosociales. Ces données confirment ce que de nombreux professionnels observent sur le terrain. 

** Eye Movement Desensitization and Reprocessing (désensibilisation et retraitement – de l’information – par les mouvements oculaires)

Pour aller plus loin : 

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