Acouphènes : comment soulager leur impact sur la santé mentale ?

Les acouphènes touchent environ un adulte sur dix et peuvent avoir un impact fort sur l’anxiété, le sommeil, voire générer une dépression pour certains. Il existe cependant des solutions pour les soulager et vivre avec. Le point avec le docteur Marzin, O.R.L. expert des acouphènes et Sophie Kepper, sophrologue.

Les acouphènes concerneraient près d’un adulte sur dix en France, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Si les causes de leur apparition peuvent être multiples, elles sont parfois inconnues chez certains patients. Dans tous les cas, la présence de ces sifflements ou bourdonnements peut rapidement devenir source d’anxiété, de stress, de mal-être ou de fatigue. Nous sommes allés à la rencontre du docteur Marzin, O.R.L. spécialiste en otologie et Sophie Kepper, sophrologue, pour comprendre les acouphènes et découvrir les solutions qui existent aujourd’hui.

Que sont les acouphènes, comment vivre avec ?

L’O.R.L. (l’oto-rhino-laryngologie) traite les maladies de l’oreille, du nez, de la gorge, du cou et de la face. Le docteur Marzin est spécialisé en otologie, une branche de l’O.R.L. qui se concentre sur les pathologies de l’oreille. Il rencontre très fréquemment des cas d’acouphènes.

Docteur Marzin, ORL
Docteur Marzin, O.R.L.

Quelle est la définition de l’acouphène et en existe-t-il plusieurs types ?

L’acouphène est la perception par le patient d’un bruit dans une oreille, dans deux oreilles ou au centre de la tête. Ce bruit la plupart du temps n’est entendu que par le patient. C’est donc un symptôme subjectif dans l’immense majorité des cas.

Les bruits ressentis sont variables. Les patients parlent de sifflements, de bourdonnements, de grésillements, de bruits de cocotte-minute, de pulsations.

L’acouphène objectif (entendu aussi par l’entourage) est extrêmement rare et souvent lié à des pathologies vasculaires. J’en vois peut-être un, une fois tous les 10 ans.

Comment apparaissent les acouphènes ?

L’acouphène est généralement le signe d’un dysfonctionnement de l’oreille.

Le plus souvent c’est un problème venant de l’oreille interne qui a été altérée par des traumatismes sonores, par certains médicaments ou par le vieillissement (on parle après 65 ans de presbyacousie). 

C’est l’oreille qui produit le bruit mais sa perception est modulée par le cerveau et l’état psychique du patient. Une personne fatiguée, surmenée, anxieuse aura plus de mal à oublier son acouphène.

Dans de rares cas, l’oreille n’est pas responsable de l’acouphène. Les pathologies de l’articulation de la mâchoire, les problèmes de cervicales, certaines maladies neurologiques sont des causes connues.

Quand est-il nécessaire de consulter un spécialiste ?

Un acouphène bilatéral (dans les deux oreilles) est souvent considéré comme bénin, mais un bilan auditif est conseillé car on découvre souvent une surdité associée.

Un acouphène permanent et unilatéral (d’un seul côté) doit faire l’objet d’examens plus poussés pour en connaître la cause.

Il est très important de garder à l’esprit que des solutions existent et que les personnes souffrant d’acouphènes ne sont pas seules face à ce bruit. En général, la plupart des patients le comprennent et sont rassurés après la consultation.

Est-ce que les acouphènes se soignent ?

Quand j’entends des confrères dire qu’il n’y a rien à faire, c’est faux.

Le traitement consiste principalement à soigner la cause si elle est évidente (bouchon de cérumen, otite…).

Dans les autres cas, on va :

  • encourager l’habituation : c’est à dire encourager le patient à trouver des activités qui lui font oublier son acouphène (du sport, de la musique…). La sophrologie, l’hypnose ou d’autres médecines douces sont des solutions vraiment efficaces. Elles aident en plus à diminuer l’anxiété souvent associée.
  • utiliser un appareillage auditif : surtout si une surdité est présente.

Contrairement aux idées reçues, l’appareillage au lieu d’aggraver l’acouphène peut aider à le masquer. Aucun médicament n’a montré d’efficacité scientifiquement prouvée, pour traiter un acouphène venant de l’oreille interne. Les médicaments sont donc inutiles dans ce cas.

J’invite toutes les personnes qui souffrent d’acouphènes à se diriger vers des professionnels pour trouver des solutions et ne pas rester seul face à ce symptôme.

La sophrologie, efficace pour l’habituation aux acouphènes

Comme l’indique le docteur Marzin, la sophrologie peut être une aide précieuse pour l’habituation aux acouphènes. Sophie Kepper, sophrologue, nous explique le fonctionnement.

Photo de Madame Sophie Kepper Sophrologue
Sophie Kepper, sophrologue

En quoi consiste le métier de sophrologue ?

Dans un monde où le stress, les émotions envahissantes et les tensions du quotidien prennent souvent le dessus, il est essentiel de se reconnecter à soi et de retrouver son calme intérieur. Une séance de sophrologie dédiée aux acouphènes combine des exercices de respiration, de relaxation dynamique et une détente profonde guidée. Mon objectif est de donner les outils nécessaires pour cultiver un bien-être durable, que ce soit pour surmonter une période difficile ou simplement pour prendre soin de soi.

Pourquoi la sophrologie est indiquée pour les acouphènes ?

J’accompagne principalement des personnes confrontées au stress, à l’anxiété ou une surcharge émotionnelle, afin de les aider à réguler leurs émotions et à retrouver un équilibre intérieur.

La sophrologie aide les personnes souffrant d’acouphènes en réduisant le stress, en diminuant l’attention portée au bruit et en favorisant l’habituation.

En quoi cela consiste concrètement ?

La sophrologie ne supprime pas les acouphènes, mais elle permet d’en diminuer l’impact et d’en transformer la perception. Vous ne pouvez pas contrôler l’acouphène, mais vous pouvez contrôler la façon dont votre corps et votre esprit réagissent. En diminuant le stress, en travaillant la perception et en créant des appuis de calme, l’acouphène devient progressivement moins envahissant.

Grâce à la respiration, la relaxation et la visualisation positive, la personne retrouve une meilleure maîtrise de ses émotions, apaise son système nerveux et peut progressivement s’habituer à l’acouphène. Ces techniques permettent de transformer la perception de l’acouphène, de retrouver du calme et de mieux vivre au quotidien.

Acouphènes : témoignage de Morgane, 40 ans

« Mes acouphènes sont apparus il y a environ 10 ans : au début il s’agissait d’un léger grésillement très aigu et continu, qui s’est amplifié avec le temps. Aujourd’hui je vis avec un sifflement strident en permanence dans la tête, associé à une perte d’audition sur l’une des oreilles. J’arrive à vivre normalement, mais j’entends nettement moins bien lorsque je suis avec beaucoup de monde (cantine, réunion bruyante, soirée entre amis…), quand quelqu’un parle trop doucement, ou lorsque je regarde la télévision par exemple.

Outre cette perte d’audition le plus difficile a été d’accepter les acouphènes. Cela peut vite rendre fou si on se concentre sur leur présence et non sur ce qui nous entoure.

Je me suis retrouvée face à deux paradoxes :

  • limiter l’exposition aux bruits pour ne pas altérer davantage mon audition, mais c’est dans le calme que j’entends le plus mes acouphènes (le moment du coucher par exemple) ;
  • réduire le stress, facteur qui augmente la perception des acouphènes, alors que les acouphènes sont eux-mêmes source de stress !

L’impact sur la santé mental est donc assez fort les premières années, et difficilement compréhensible par l’entourage, mais je pense m’être désormais habituée. En cas de besoin je me tournerai vers des médecines douces pour finaliser ce processus d’acceptation. »

Pour aller plus loin :

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