Canicule et risques cardiaques : comment la chaleur fragilise le cœur ?

Pendant une canicule, le cœur est davantage sollicité et certains troubles cardiovasculaires peuvent être favorisés par la chaleur. Pour mieux comprendre ces mécanismes, le professeur Helft, cardiologue et président de la Fédération Française de Cardiologie, apporte son éclairage sur les risques à connaître, les signaux d’alerte à ne pas négliger et les bons réflexes à adopter.

À retenir

  • La canicule fatigue le cœur : la déshydratation, la dilatation des vaisseaux et l’accélération du rythme cardiaque augmentent son travail.
  • Les principaux risques cardiovasculaires : infarctus, décompensation d’insuffisance cardiaque et troubles du rythme peuvent être favorisés par la chaleur.
  • Les personnes âgées et les patients cardiaques sont les plus vulnérables mais la chaleur peut toucher d’autres profils, y compris des personnes plus jeunes.
  • Les signaux d’alerte sont souvent des malaises liés à la déshydratation : vertiges, syncope, faiblesse, aggravation d’une insuffisance cardiaque.
  • La vigilance doit se prolonger après la canicule : le risque peut persister 2 à 3 jours après l’épisode.
  • Chez les salariés exposés à la chaleur, l’hydratation et l’adaptation de l’effort sont essentielles.

Le professeur Gérard Helft est cardiologue interventionnel à l’Institut de cardiologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière. Spécialiste de la maladie coronaire et des maladies cardiovasculaires, il est également président de la Fédération Française de Cardiologie depuis 2023.

Portrait du Pr Gérard HELFT

Pourquoi la chaleur fragilise le cœur ?

Lors des fortes chaleurs, le corps doit redoubler d’efforts pour se maintenir autour de 37 °C. Il transpire davantage et dilate les vaisseaux sanguins, notamment au niveau de la peau. « La chaleur entraîne une dilatation des vaisseaux en général et des vaisseaux périphériques et ça entraîne une accélération de la fréquence cardiaque, une tachycardie », explique le professeur Helft.

La canicule favorise la déshydratation, « ce qui entraîne une diminution de ce qu’on appelle la volémie (volume total du sang circulant dans l’organisme). Et donc ça augmente le travail du cœur ».

La déshydratation peut également perturber l’équilibre du potassium dans l’organisme. « On peut avoir une diminution de la kaliémie, c’est-à-dire du taux de potassium dans le sang et qui est aussi en cause dans certains accidents », ajoute le cardiologue.

Quels risques cardiaques peuvent augmenter pendant une canicule ?

Le bilan « Chaleur et santé » publié par Santé publique France pour l’été 2025 fait état de 24 000 recours aux soins d’urgence liés à la chaleur (hyperthermie, déshydratation, hyponatrémie : faible taux de sodium dans le sang). Plus de 5 700 décès sont attribués à l’exposition à la chaleur dont plus de 1 900 pendant les épisodes de canicule.

À l’échelle européenne, une prise de position scientifique publiée dans l’European Heart Journal rappelle que les événements cardiovasculaires représentent une des principales causes de décès lors des vagues de chaleur, en particulier chez les personnes âgées ou déjà atteintes de maladies cardiovasculaires.

« Il y a une association qui est assez claire, confirme le professeur. À partir de là, l’association n’est pas forcément une causalité mais il y a quand même beaucoup d’arguments pour dire qu’effectivement la canicule augmente les événements cardiovasculaires. »

Le professionnel de santé distingue trois événements cardiovasculaires principaux :

  • une augmentation du risque d’infarctus ;
  • une aggravation de l’insuffisance cardiaque ;
  • une augmentation des troubles du rythme cardiaque qui peuvent entraîner des arrêts cardiaques.

Selon lui, ces événements « augmentent de l’ordre de 10 à 20 % » lors des épisodes de fortes chaleurs.

Qui doit être particulièrement vigilant ?

Les données de Santé publique France montrent que les personnes de 75 ans et plus représentent plus de la moitié des passages aux urgences liés à la chaleur. Un constat que rejoint Gérard Helft : «  Les sujets fragiles, c’est avant tout les sujets âgés ou les sujets qui ont des maladies cardiaques, plus spécifiquement une insuffisance cardiaque. »

Les profils à surveiller

  • Les personnes âgées, surtout isolées ;
  • les patients déjà suivis pour une maladie cardiaque (insuffisance cardiaque, antécédent d’infarctus, troubles du rythme) ;
  • les personnes souffrant de maladies chroniques (hypertension, diabète, insuffisance rénale) ;
  • les travailleurs exposés à la chaleur notamment en extérieur ou en environnement très chaud.

À lire aussi
Chaleur et canicule : température maximale au travail et obligations de l’employeur
Maladies cardiovasculaires : les clés pour un cœur en bonne santé

Quels signes doivent alerter ?

Les premiers signes sont souvent liés à la déshydratation : fatigue intense, sensation de faiblesse, vertiges, maux de tête, bouche sèche, troubles de la vigilance. Le professeur Helft décrit des signaux comme « des malaises, des sensations qui peuvent aller jusqu’à la syncope ».

Chez les patients déjà suivis pour une insuffisance cardiaque, l’intensification de leurs signes d’insuffisance cardiaque doit les alerter. « Mais c’est vrai que ça peut être brutal, il n’y a pas forcément de signe annonciateur et les conseils c’est effectivement de tout faire pour éviter l’exposition à la canicule », alerte le cardiologue.

En pratique, il ne faut pas hésiter à appeler les secours (15 ou 112) en cas de malaise avec perte de connaissance, de douleur thoracique persistante, de détresse respiratoire ou de troubles du comportement chez une personne exposée à la chaleur.

Jusqu’à quand faut‑il rester vigilant ?

Pendant une canicule, les effets sur le cœur et l’organisme ne s’arrêtent pas forcément le jour où les températures baissent. Le professeur Helft explique qu’il existe probablement un effet retard après l’épisode.

Selon lui, « même si la température décline, dans les maisons en particulier, la température est plus élevée que d’habitude » et, sur le plan physiologique, « le risque perdure probablement dans les 2 à 3 jours qui suivent ».

Les bons réflexes pour limiter les risques

Le professeur Helft rappelle que la chaleur représente « un véritable stress pour le cœur ». Les conseils de prévention sont connus et sont les mêmes pour les personnes fragiles que pour la population en générale.

  • Rester au frais et adapter ses activités : se mettre dans des pièces fraîches, fermer volets et fenêtres en journée, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes.
  • Boire régulièrement et manger léger : privilégier l’eau (et les textures adaptées en cas de troubles de la déglutition ou de risque de fausse route), limiter les boissons très sucrées ou caféinées et opter pour des repas frais et équilibrés.
  • Veiller sur les plus fragiles : personnes âgées isolées, voisins, collègues fragiles ou travailleurs exposés.

Pour les personnes sous traitement cardiovasculaire, certains médicaments peuvent être ajustés temporairement sous contrôle médical : « il peut s’agir de certains traitements prescrits dans l’hypertension et l’insuffisance cardiaque qui peuvent nécessiter un ajustement en cas de canicule, car pouvant favoriser une déshydratation ou une modification du taux de potassium dans le sang », conclut le cardiologue.

Êtes-vous bien protégé si un problème survient ?

La canicule rappelle à quel point la santé peut basculer rapidement, qu’il s’agisse d’un malaise, d’une hospitalisation ou d’une décompensation d’une maladie déjà connue. La mutuelle API Santé et les offres de prévoyance du Groupe APICIL sont conçues pour s’adapter aux besoins et aux profils de chacun, afin d’accompagner au mieux les assurés dans ces situations.